un poème par jour vive le printemps des poètes

 

Un Poème par Jour

 

 

Si J'avais les jours

Valérie Rouzeau

3

Trois voix

Jean Joubert

4-5

C’est dans cette maison

Kenneth White

6-7

Musique

Cécile Sauvage

 

8-9

Auf dem See

Goethe

10

Sur le lac

Goethe

11

Seven Reasons Why I Should Die

Hashem Shaabani

 

12

Mais tu brûles

Victor Hugo

13

Saltimbanques

Guillaume Apollinaire

14

Les Chansons et les Heures

Marie NOËL

15-16

Fado Fa do

Louise de Vilmorin

17

Les danses – la gigue

Marie Krysinska

18

Tu as bien fait de partir, Arthur Rimbaud

René Char

19

La extrangera

Gabriela Mistral

20

L’étrangère

Gabriela Mistral

21

Le concert n’a pas été réussi

Jacques Prévert

24

 21 mars journée internationale de la Poésie

UNESCO

25-26

Je sais pourquoi chante l'oiseau en cage

Maya Angelou

27-28

L’art, des transports de l’âme est un faible interprète

André Chénier    

29

Au cœur des Arts

Alain Aquilina

30-32

Dansemuse

Joë Bousquet

33

Avec une encre hésitante

Christian Malaplate

34-35

Espoirs et déchirements de l'âme créole

Aimé Cézaire

36

Tous ces mots…

Jean-Marie Leclercq

37

Plus loin encore

TomasTranströmer

38

Allégorie du bonheur

Marie Agnès Salehzada

39

Voyages sans fin

 

Paul Reverdy

40

 

Et bien d’autres encore  sommaire page 41


Si J'avais les jours à compter je marquerais soir après
soir mes petites croix de récompense
Je tiendrais des mois des saisons mon calendrier de
forçat mon agenda de pénélope
Ca me ferait ni chaud ni froid juillet janvier en
solitaire je traverserais les années
Si grand d'amour était en vue ou à revenir quel beau jour
je l'appellerais mon cher Ulysse et puis je choisirais
la danse plutôt que la tapisserie
Je bouserais les mauvais génies en faisant jazzer mon
seul coeur
Je mettrais le chagrin en boîte avec un jeu de mots facile
Je trangerais l'éternité pour en découdre avec les nuits
tchatchatchatcherais jusqu'au matin dans une autre
histoire aussi vrai si j'avais de quoi de l'espoir

Valérie Rouzeau

Extrait de Va où, Le Temps qu’il fait, 2002

 


 

            Trois voix

Qu'est-ce que c'est, cette voix qui monte de la terre,
cette voix que bave, dirait-on, la bouche fêlée de la terre
et qui serait peut-être bruit d'arbre, bruit de vent
ou d'invisible bête,
s'il n'y avait soudain comme des bribes de paroles,
des mots mâchés, des débris de syllabes,
des bruits de gorge :
paroles d'hommes alors dirait-on,
dans le silence de la terre.
Mais ce serait une langue barbare
étrangère à la clarté et à la terre :
une langue comme une maison déserte
où le vent siffle, où la charpente craque
où choient les ombres et les pierres.
Et cette langue ardente et déchirée
que fait-elle à rôder sur une terre de silence ?
Que cherche-t-elle balbutiante à dire
avec un pathétique effort ?
Et n'est-ce-pas vers moi,
la sentinelle, le veilleur,
qu'elle est tendue,
pour ne souffler quoi
qui s'étrangle, s'efface, est avalé
par la bouche blessée et, dirait-on boueuse
de la terre.
Boueuse et muette désormais.
Et ce qui m'a frôlé, cette nuit,
cette voix d'homme souterrain peut-être
ou d'arbre, de vent ou de bête,
me laisse inconsolé,
dans le silence des étoiles.

II
Cette autre bouche humaine, péremptoire,
tranchante dans ses palais de glace,
bouche bavarde, vite éclatée
en mille échos sonores
ne m'a rien dit
sur le vertige des étoiles.
De ses éclats je n'attends rien
dans la quête où nous sommes
d'une clarté.
N'y aurait-il alors qu'une autre parole
portée par l'eau amie
sur la terre où nous sommes
et par le vent, le feu
et l'alliance de leurs voix ?
Notre pacte alors dans l'attente
où nous sommes
serait, au seuil du soir,
serment de veille et d'amour
et d'écoute.
Signe menu, ce matin :
le chant du merle, à l'aube, entre les tours.

III
N'y aurait-il alors que cette voix profonde
perçue jadis dans la forêt d'enfance
et le jardin d'amour et la rivière
et la seule maison vive dans la mémoire
où les femmes tissaient les mots de la légende :
voix venue de temps immémoriaux,
passant de bouche en bouche
et qui, dans le brouillard, nommaient les dieux,
car tout alors baignait dans l'absolue beauté
de leur présence.
Et ils couraient dans les moissons,
mangeaient le pain,
dormaient sur notre paille,
tendres et familiers.
C'est en musique désormais que leurs voix
et la voix des femmes se prolongent
et s'efforcent vers nous,
vers l'espérance de nos coeurs.
Et c'est alors qu'il faut saisir,
aimer, bercer cette parole
dans la naissance du poème.

Jean Joubert 2013

C’est dans cette maison
entre chemin de fer et océan
qu’il écrivit ces lignes :
« J’ai besoin de la mer
car elle est ma leçon :
je ne saurais dire
si ce qu’elle m’enseigne
est musique ou conscience :
je ne sais si elle n’est que turbulence
ou être profond
seulement voix rauque
ou lumineuse conjecture
[…]
le fait est que
même endormi
par quelque phénomène magnétique
j’évolue
dans l’université des vagues. »

2.
De ce seul point
tout le paysage chilien
s’ouvre
au nord jusqu’à l’Atacama
et ses grands geoglyphes
au sud jusqu’à Punta Arenas
et ses débris glaciaires
une étendue de quatre mille kilomètres
une chaîne de montagnes enneigées
au large de la côte un gouffre marin
dans le nord
généré par les eaux froides
du courant de Humboldt
un monde de brume
le camanchaca
dans le sud
un désert de cactus
plus bas encore
des vallées jonchées de rochers
des lacs glacés
des bois de hêtres
et tout au bout
entre Chiloé et le cap Horn
des myriades d’îles et d’îlots
un labyrinthe de fjords
une steppe rude
balayée de vents féroces
et découpés sur le ciel
les pics scintillants du Hielo Patagónico.

3.
Retour à cette maison
entre El Tabo et Algarrabo
sur sa colline rocheuse
face à la mer

avec une question dans l’air

y eut-il ici une réelle « conjecture »
une « profondeur d’être »
ou seulement rouleau après rouleau
d’un grandiose oratorio ?

oublions la question

et contemplons
ce voile de pluie bleue
qui balaie le terrain
depuis Valparaiso.


Kenneth White
Traduit de l’anglais par Marie-Claude White

 


 

Musique

 

Une lente voix murmure
Dans la verte feuillaison ;
Est-ce un rêve ou la nature
Qui réveille sa chanson ?
Cette voix dolente et pure
Glisse le long des rameaux :
Si fondue est la mesure
Qu’elle se perd dans les mots,
Si douces sont les paroles
Qu’elles meurent dans le son
Et font sous les feuilles molles
Un mystère de chanson.

Ô lente voix réveillée
Qui caresse la feuillée
Comme la brise et le vent ;
Voix profondes de la vie
Et de l’âme réunies
Qui murmurez en rêvant.
Une forme s’effaçant
Dont les gestes nus et blancs
Flottent dans l’ombre légère
Sous un rideau de fougères
Semble exhaler à demi
De ses lèvres entr’ouvertes
Un chant de silence aussi
Berceur que les branches vertes.

À peine si le murmure
De la muette chanson
Poursuit sa note et s’épure
Dans la douce feuillaison ;
Et la main passe en silence
Sur la tige d’un surgeon
Dont le rythme fin balance
Les branches de ce vallon.
Ô musique qui t’envoles
Sur les papillons glissants
Et dans la plainte du saule
Et du ruisseau caressant !

Passe, chant grêle des choses,
Coule, aile fluide qui n’ose
Peser sur l’azur pâli,
Sur les rameaux endormis ;
Efface-toi, chant de l’âme
Où se mêlent des soupirs
Dans la fuite molle et calme
Des voix qu’on ne peut saisir.

Cécile SAUVAGE

Recueil : "Fumées" 1910

 


 

Auf dem See

Und frische Nahrung, neues Blut
saug’ ich aus freier Welt ;
Wie ist Natur so hold und gut,
Die mich am Busen hält !
Die Welle wieget unsern Kahn
Im Rudertakt hinauf,
Und Berge, wolkig himmelan,
Begegnen unserm Lauf.

Aug mein Aug, was sinkst du nieder ?
Goldne Träume, kommt ihr wieder ?
Weg, du Traum, so gold du bist :
Hier auch Lieb und Leben ist.

Auf der Welle blinken
Tausend schwebende Sterne,
Weiche Nebel trinken
Rings die türmende Ferne ;
Morgenwind umflügelt
Die beschattete Bucht,
Und im See bespiegelt
Sich die reifende Frucht.

 

Goethe

(Juin 1775)

 


 

Sur le lac

Et du libre univers nourriture nouvelle
En moi j’aspire, sang neuf dans mes veines ;
Comme Nature est bienveillante et bonne
Qui me presse contre son sein !
La vague berce notre barque
Vers l’amont au rythme des rames,
Et les montagnes, dressées dans les nuages,
Rencontrent notre course.

Mes yeux, mes yeux, pourquoi vous fermez-vous ?
Rêves dorés, revenez-vous ?
Va-t-en, rêve, si doré que tu sois ;
Ici aussi est l’amour, ici aussi la vie.

Sur la vague scintillent
Mille étoiles flottantes,
Les brumes moelleuses boivent
Les hautes masses des lointains alentour ;
La brise du matin volète
Sur les bords de la baie ombreuse,
Et dans le lac se reflète,
Mûrissante, la moisson à venir.

Goethe

(Juin 1775)

 


 

Seven Reasons Why I Should Die  

For seven days they shouted at me:
You are waging war on Allah!
Saturday, because you are an Arab!
Sunday, well, you are from Ahvaz
Monday, remember you are Iranian
Tuesday: You mock the sacred Revolution
Wednesday, didn't you raise your voice for others?
Thursday, you are a poet and a bard
Friday: You're a man, isn't that enough to die?

 

Durant sept jours, ils m'ont crié :
Tu a déclenché une guerre contre Allah !
Samedi, parce que tu es un Arabe !
Dimanche, et bien c'est parce que tu es de Ahvaz
Lundi, pour que tu te souviennes que tu es Iranien
Mardi, parce que tu te moques de la Révolution sacrée
Mercredi, n'as-tu pas élevé ta voix pour d'autres ?
Jeudi, tu es un poète et un barde
Vendredi : tu es un homme, n'est-ce pas suffisant pour mourir ?

 

Hashem Shaabani

 Mis à mort pour avoir utilisé sa plume comme seule arme.

 


 

 

Mais tu brûles !

 

- Mais tu brûles ! Prends garde, esprit ! Parmi les hommes,
Pour nous guider, ingrats ténébreux que nous sommes,
Ta flamme te dévore, et l'on peut mesurer
Combien de temps tu vas sur la terre durer.
La vie en notre nuit n'est pas inépuisable.
Quand nos mains plusieurs fois ont retourné le sable
Et remonté l'horloge, et que devant nos yeux
L'ombre et l'aurore ont pris possession des cieux
Tour à tour, et pendant un certain nombre d'heures,
Il faut finir. Prends garde, il faudra que tu meures.
Tu vas t'user trop vite et brûler nuit et jour !
Tu nous verses la paix, la clémence, l'amour,
La justice, le droit, la vérité sacrée,
Mais ta substance meurt pendant que ton feu crée.
Ne te consume pas ! Ami, songe au tombeau ! -
Calme, il répond : - je fais mon devoir de flambeau.

 

Victor Hugo


 

Saltimbanques

 

Dans la plaine les baladins
S’éloignent au long des jardins
Devant l’huis des auberges grises
Par les villages sans églises

Et les enfants s’en vont devant
Les autres suivent en rêvant
Chaque arbre fruitier se résigne
Quand de très loin ils lui font signe

Ils ont des poids ronds ou carrés
Des tambours des cerceaux dorés
L’ours et le singe animaux sages
Quêtent des sous sur leur passage

 

Guillaume APOLLINAIRE

Recueil : "Alcools"

A Louis Dumur.

 


 

"Les Chansons et les Heures"

Les chansons que je fais, qu’est-ce qui les a faites ?…
Souvent il m’en arrive une au plus noir de moi…
Je ne sais pas comment, je ne sais pas pourquoi
C’est cette folle au lieu de cent que je souhaite.

Dites-moi… Mes chansons de toutes les couleurs,
Où mon esprit qui muse au vent les a-t-il prises ?
Le chant leur vient – d’où donc ? – comme le rose aux fleurs
Comme le vert à l’herbe e t le rouge aux cerises.

Je ne sais pas de quels oiseaux, en quel pays
De buissons creux et pleins de songe elles sont nées…
Elles m’ont rencontrée et moi je m’ébahis
D’entre battre en moi leurs ailes étonnées.

Mais comment à la file en est-il tant et tant
Et tant encor, chacune à la beauté nouvelle,
Comme une abeille après une abeille sortant
Du petit coin de miel que j’ai dans la cervelle ?

Ah ! je veux de ma main pour les garder longtemps,
Je veux, pour retrouver sans cesse ma trouvaille,
Toutes les attraper avant que le printemps
Les emporte de moi qui me fane et s’en aille.

Toutes, oui ! L’une est gaie et mon cœur joue avec ;
L’autre, jeune, mutine et qui fait sa jolie,
Malicieuse un peu le taquine du bec…
Mais l’autre me l’a pris dans sa mélancolie ;

L’autre frémit autour de moi comme un baiser
Si doux que j’en mourrai si ce chant continue
Et qu’au bord de mon cœur où son cœur s’est posé,
Une faiblesse après demeure et m’exténue.

Et toutes je les veux, et toutes à la fois
- La dernière surtout dont j’ai le plus envie –
Je vais les mettre en cage et leur lier la voix
Ou je ne dormirai plus jamais de ma vie.

Viens, poète, oiseleur, tends-moi comme un filet
Ta mémoire et prends-moi ces belles que j’écoute.
Retiens dedans surtout ce brin de mot follet
Qui danse au bord mouvant de ma pensée en route.

Moi j’écoute… Je ris quand l’une rit au jour ;
J’ai les larmes aux yeux quand l’autre est bien touchante ;
Quand elle est tendre, ô Dieu, j’ai le frisson d’amour…
J’écoute et ce qui chante en moi je le rechante.

Mais comme un écolier qui prend trop bas, trop haut
La note qu’on lui donne et suit mal la mesure,
J’hésite, à plusieurs fois tâtant le son qu’il faut,
Accrochant çà et là ma voix gauche et peu sûre.

Ah ! chanson vive ! Hélas ! pour recueillir sa voix,
C’est au lieu de l’air juste un faux air que je trouve,
Et je cherche, et l’accent que je risque parfois,
Celui qui vibre en moi toujours le désapprouve.

Elle chante… et je laisse échapper de ma main
Les mots flottants qu’elle me jette à la volée.
Si j’en ramasse un ample, il m’en fallait un fin…
Elle chante et sera tout à l’heure en allée,

Elle chante, elle fuit et je m’efforce en vain
De la suivre en courant derrière, je m’essouffle,
Je la saisis au vol, je la perds en chemin
Et quand je ne sais plus, j’attends que Dieu me souffle.

 Marie NOËL


 

 

Fado Fa do

L’ami docile a mis là     La mi do si la mi la
Fade au sol ciré la sol     Fa do sol si ré la sol
Ah ! si facile à dorer     La si fa si la do ré

Récit d’eau     Ré si do
Récit las     Ré si la
Fado     Fa do
L’âme, île amie     La mi la mi
S’y mire effarée     Si mi ré fa ré

L’art est docile à l’ami   La ré do si la la mi
La sole adorée dort et   La sol la do ré do ré
L’ami l’a cirée, dorée   La mi la si ré do ré

Récit d’eau     Ré si do
Récit las     Ré si la
Fado     Fa do
L’âme, île amie     La mi la mi
S’y mire effarée     Si mi ré fa ré

Sire et fade au sol ciré    Si ré fa do sol si ré
L’adoré, dos raide aussi,    La do ré do ré do si
L’ami dort, hélas, ici     La mi do ré la si si

Récit d’eau     Ré si do
Récit las     Ré si la
Fado     Fa do
L’âme, île amie     La mi la mi
S’y mire effarée   Si mi ré fa ré

Louise de VILMORIN

Recueil : "L'Alphabet des aveux"

1954


 

Les danses – la gigue

 

Les Talons
Vont
D’un train d’enfer,
Sur le sable blond,
Les Talons
Vont
D’un train d’enfer
Implacablement
Et rythmiquement,
Avec une méthode d’enfer,
Les Talons
Vont.

Cependant le corps,
Sans nul désarroi,
Se tient tout droit,
Comme appréhendé au collet
Par les
Recors
La danseuse exhibe ses bas noirs
Sur des jambes dures
Comme du bois.

Mais le visage reste coi
Et l’œil vert,
Comme les bois,
Ne trahit nul émoi.

Puis d’un coup sec
Comme du bois,
Le danseur, la danseuse
Retombent droits
D’un parfait accord,
Les bras le long
Du corps.
Et dans une attitude aussi sereine
Que si l’on portait
La santé
De la Reine.

Mais de nouveau
Les Talons
Vont
D’un train d’enfer
Sur le plancher clair.

Marie KRYSINSKA

Recueil : "Rythmes pittoresques"

 


 

 

Tu as bien fait de partir, Arthur Rimbaud!

Tes dix-huit ans réfractaires à l’amitié, à la malveillance, à la sottise des poètes de Paris ainsi qu’au ronronnement d’abeille stérile de ta famille ardennaise un peu folle, tu as bien fait de les éparpiller aux vents du large, de les jeter sous le couteau de leur précoce guillotine. Tu as eu raison d’abandonner le boulevard des paresseux, les estaminets des pisse-lyres, pour l’enfer des bêtes, pour le commerce des rusés et le bonjour des simples.

Cet élan absurde du corps et de l’âme, ce boulet de canon qui atteint sa cible en la faisant éclater, oui, c’est bien là la vie d’un homme! On ne peut pas, au sortir de l’enfance, indéfiniment étrangler son prochain. Si les volcans changent peu de place, leur lave parcourt le grand vide du monde et lui apporte des vertus qui chantent dans ses plaies.

Tu as bien fait de partir, Arthur Rimbaud! Nous sommes quelques-uns à croire sans preuve le bonheur possible avec toi.

 

René CHAR

Recueil : "Fureur et mystère"


 

  LA EXTRANJERA
A Francis de Miomandre



 « Habla con dejo de sus mares bárbaros,
con no sé qué algas y no sé qué arenas;
reza oración a dios sin bulto y peso,
envejecida como si muriera.
En huerto nuestro que nos hizo extraño,
ha puesto cactus y zarpadas hierbas.
Alienta del resuello del desierto
y ha amado con pasión de que blanquea,
que nunca cuenta y que si nos contase
sería como el mapa de otra estrella.
Vivirá entre nosotros ochenta años,
pero siempre será como si llega,
hablando lengua que jadea y gime
y que le entienden sólo bestezuelas.
Y va a morirse en medio de nosotros,
en una noche en la que más padezca,
con sólo su destino por almohada,
de una muerte callada y extranjera. »



Gabriela Mistral, Prix Nobel de Littérature 1945

 

Tala [Ediciones Sur *, Buenos Aires, 1938], Pehuén Editores Limitada, Santiago de Chile, 1986, página 87.

* Tala a été publié en 1938 par Victoria Ocampo au profit des enfants espagnols.

 


 

L’ÉTRANGÈRE

À Francis de Miomandre.



« Elle parle avec son accent de ses mers barbares,
avec je ne sais quelles algues et je ne sais quels sables ;
elle fait sa prière à un dieu sans corps et sans poids,
vieillie comme si elle allait mourir.
Dans notre jardin, qu’elle nous a rendu étranger,
elle a mis des cactus et des herbes griffues.
Elle nous souffle l’haleine du désert ;
elle a aimé d’une passion qui l’a blanchie,
qu’elle ne nous raconte jamais et si elle nous la racontait,
ce serait comme la carte d’une autre planète.
Elle pourra vivre parmi nous cent ans,
ce sera toujours comme si elle venait d’arriver,
parlant une langue essoufflée et gémissante,
comprise seulement des bestioles.
Et elle va mourir au milieu de nous,
une nuit où elle souffrira trop
avec son seul destin pour oreiller,
d’une mort sans bruit et étrangère. »



Gabriela Mistral, Prix Nobel de Littérature 1945

 

Tala, in Poèmes choisis, Éditions Stock, 1946, page 121. Poésie traduite par Mathilde Pomès. Préface de Paul Valéry.


 

Le concert n’a pas été réussi

Compagnons des mauvais jours
Je vous souhaite une bonne nuit
Et je m’en vais.
La recette a été mauvaise
C’est de ma faute
Tous les torts sont de mon côté
J’aurais dû vous écouter
J’aurais dû jouer du caniche
C’est une musique qui plaît
Mais je n’en ai fait qu’à ma tête
Et puis je me suis énervé.
Quand on joue du chien à poil dur
Il faut ménager son archet
Les gens ne viennent pas au concert
Pour entendre hurler à la mort
Et cette chanson de la Fourrière
Nous a causé le plus grand tort.
Compagnons des mauvais jours
Je vous souhaite une bonne nuit
Dormez
Rêvez
Moi je prends ma casquette
Et puis deux ou trois cigarettes dans le paquet
Et je m’en vais…
Compagnons des mauvais jours
Pensez à moi quelquefois
Plus tard…
Quand vous serez réveillés
Pensez à celui qui joue du phoque et du saumon fumé
Quelque part…
Le soir
Au bord de la mer
Et qui fait ensuite la quête
Pour acheter de quoi manger
Et de quoi boire…
Compagnons des mauvais jours
Je vous souhaite une bonne nuit…
Dormez
Rêvez
Moi je m’en vais. 

Jacques PRÉVERT Recueil : "Paroles"


 

 

 

La poésie a mille visages

En célébrant la Journée internationale de la poésie, le  21 mars, l’UNESCO reconnaît à  l’art poétique sa valeur de symbole de la créativité de l’esprit humain, tout en rendant hommage à tous ces hommes, ces femmes, qui s’évertuent à bâtir un monde meilleur avec, pour seul outil, une parole libre, qui imagine et qui agit.

 Les poètes accompagnent les mouvements civiques et savent alerter les consciences sur les injustices du monde autant qu’ils éveillent à ses beautés. 

Irina Bokova, Directrice générale de l'UNESCO
Message sur la Journée mondiale de la poésie 2012

 

La poésie permet à l'individu, comme à la société tout entière, de retrouver et d’affirmer son identité. Elle est le ferment de la diversité, quand elle permet aux langues de faire valoir leur place dans le concert des nations ; elle est l'outil du dialogue quand elle prône la tolérance et le respect ; elle est le pilier des traditions orales quand elle véhicule, au fil des siècles, les cultures vivantes. 

Fidèle à son engagement de promouvoir la diversité des voix qui tissent la culture mondiale, l’UNESCO s'est associée, dès 2003, aux « Soirées poétiques de Struga », un festival international, qui est l'un des plus anciens au monde et constitue une preuve éclatante de la force vitale de la poésie.

Depuis plus d'un demi-siècle, quelque 4000 poètes traducteurs et critiques littéraires d’une centaine de pays s’y sont succédé, nouant des complicités poétiques au-delà des barrières linguistiques et des différences culturelles. Outre « La Couronne d'or » décernée chaque année à un géant de la poésie mondiale, le festival attribue, en coopération avec l’UNESCO, le prix « Ponts de Struga » à un poète débutant. C'est une manière d'encourager les jeunes à maintenir vivante la flamme orphique, pour redonner l’espoir à notre monde désenchanté, et agir ainsi sur la marche de l’humanité.

« Sache que nul poète n’est issu du royaume des dieux. Mais de la race des hommes », écrivait Léopold Sédar Senghor, poète sérère, poète sénégalais, poète universel. L’UNESCO est à l’écoute de son message qui nous incite à nous « enrichir de nos différences pour converger vers l’universel ». En septembre 2011, l'Organisation a lancé le programme « Rabindranath Tagore, Pablo Neruda et Aimé Césaire pour un universel réconcilié ». Indien, Chilien, Martiniquais, ces poètes engagés ont réagi aux contradictions du système mondial, élaborant une nouvelle intelligence de leur société et du monde. Ils incarnent ainsi un idéal d’humanisme qui se traduit dans leur poésie par ces trois « sésames » de la dignité humaine : Amour, Liberté, Paix.

Participez !

  • Soutenez l’édition poétique en achetant des recueils de jeunes poètes.
  • Éveillez un jeune à sa vie intérieure et  sa sensibilité et demandez-lui de les exprimer 
  • Invitez vos amis poètes et improvisez des joutes poétiques ou de slam.
  • Apprenez des proverbes des pays que vous visitez.
  • Apprenez des devinettes pour animer vos soirées.
  • Encouragez la création poétique des enfants à toutes les célébrations familiales.
  • Libérez-vous en libérant votre langage : la poésie est un jeu – une libération. Écrivez n’importe quoi, n’importe comment!
  • Réveillez le poète qui est en vous et étonnez vos amis et familles par votre créativité, inventivité, imagination.
  • Saisissez l'occasion d'un paysage, une nuit de pleine lune, un coucher de soleil, une matinée ensoleillée, une action exaltante pour être créatif !

 

 

http://www.unesco.org/new/fr/unesco/events/prizes-and-celebrations/celebrations/international-days/world-poetry-day-2012/


 

Je sais pourquoi chante l'oiseau en cage

Les sauts d'oiseaux libres

à l'arrière du vent
et flotte en aval
jusqu'à ce que les extrémités actuelles
et plonge ses ailes
dans les rayons du soleil orange
et ose réclamer le ciel.

Mais un oiseau qui marche
le long de son étroite cage
peut rarement voir à travers
ses barres de rage
ses ailes sont coupées et
ses pieds sont liés
alors il ouvre sa gorge pour chanter.

L'oiseau en cage chante
avec trille peur
des choses inconnues
mais toujours désiré
et sa mélodie se fait entendre
sur la colline lointaine
pour l'oiseau en cage
chante la liberté

L'oiseau libre pense d'un autre brise
un alizés doux à travers les arbres de soupirs
et les vers de graisse d'attente sur une pelouse de l'aube brillante
et il nomme le ciel lui-même.

Mais un oiseau en cage se trouve sur la tombe de rêves
son ombre crie sur un cri de cauchemar
ses ailes sont coupées et ses pieds sont liés
alors il ouvre sa gorge pour chanter

L'oiseau en cage chante
avec un trille peur
des choses inconnues
mais toujours désiré
et sa mélodie se fait entendre
sur la colline lointaine
pour l'oiseau en cage
chante la liberté.

 

Maya Angelou


Maya Angelou, de son vrai nom Marguerite Johnson, est une poétesse, écrivain, actrice et militante afro-américaine née le 4 avril 1928 à Saint-Louis, Missouri. Elle est une figure importante du mouvement américain pour les droits civiques.


 

L’art, des transports de l’âme est un faible interprète ;
L’art ne fait que des vers, le cœur seul est poète.
Sous sa fécondité le génie opprimé
Ne peut garder l’ouvrage en sa tête formé.
Soit que le doux amour des nymphes du Permesse,
D’une fureur sacrée enflammant sa jeunesse,
L’emporte malgré lui dans leurs riches déserts,
Où l’air est poétique et respire des vers ;
Soit que d’ardents projets son âme poursuivie
L’aiguillonne du soin d’éterniser sa vie ;
Soit qu’il ait seulement, tendre et né pour l’amour,
Souhaité de la gloire, afin de voir un jour,
Quand son nom sera grand sur les doctes collines,
Les yeux qui rendent faible et les bouches divines
Chercher à le connaître, et, l’entendant nommer,
Lui parler, lui sourire, et peut-être l’aimer ;
Malgré lui, dans lui-même, un vers sûr et fidèle
Se teint de sa pensée et s’échappe avec elle.
Son coeur dicte ; il écrit. A ce maître divin
Il ne fait qu’obéir et que prêter sa main.
S’il est aimé, content, si rien ne le tourmente,
Si la folâtre joie et la jeunesse ardente
Étalent sur son teint l’éclat de leurs couleurs,
Ses vers, frais et vermeils, pétris d’ambre et de fleurs,
Brillants de la santé qui luit sur son visage,
Trouvent doux d’être au monde et que vieillir est sage.
Si, pauvre et généreux, son coeur vient de souffrir
Aux cris d’un indigent qu’il n’a pu secourir ;
Si la beauté qu’il aime, inconstante et légère,
L’oublie en écoutant une amour étrangère ;
De sables douloureux si ses flancs sont brûlés,
Ses tristes vers en deuil, d’un long crêpe voilés,
Ne voyant que des maux sur la terre où nous sommes,
Jugent qu’un prompt trépas est le seul bien des hommes.
Toujours vrai, son discours souvent se contredit.
Comme il veut, il s’exprime ; il blâme, il applaudit.
Vainement la pensée est rapide et volage :
Quand elle est prête à fuir, il l’arrête au passage.
Ainsi, dans ses écrits partout se traduisant,
Il fixe le passé pour lui toujours présent,
Et sait, de se connaître ayant la sage envie,
Refeuilleter sans cesse et son âme et sa vie.

André CHÉNIER    Recueil : "Elégies"

 

 


 

Au cœur des Arts  

       

Au cœur des Arts,

L’imaginaire, le verbe parfaire.

Au cœur des Arts,

Il y a le Beau, le savoir faire,

Inné, venu on n’sait comment,

Venu inconsciemment,

Pousser la main, la plume, le pinceau,

La voix, le rêve, toujours plus haut.

 

Au cœur des Arts, l’on s’y retrouve,

Contemplatifs, souvent passifs,

A entendre, recevoir, admiratifs,

Le génie créateur, le génie productif :

Celui d’un homme, celui d’une femme,

Qui, au delà du temps, emporté, plein de flamme,

Laisse filer son Imagination,

Jusqu’à refaire… La Création !

 

La création, la sienne, aussi belle,

Puissante comme celle, originelle,

Tellement poussée par tant d’inspiration,

Qu’elle arrive, éclatante, dans toute sa perfection.

 

Au cœur des Arts,

Il y a le cœur, il y a les Arts,

Il y a l’Amour, il y a le Beau,

Il y a une œuvre, comme un Cadeau !

Au cœur des Arts, il y a quelqu’un,

Qui deviendra Quelqu’un,

Si tous les autres partagent,

Ressentent, comme un puissant message,

Ce qui, venu du fond de lui,

N’est que le lien avec autrui.

 

Un lien, une connexion, un partage,

Révélation, et même davantage,

Qui saute aux yeux, réalité…,

Quand l’ artiste, en toute fébrilité,

Livre sa personnalité.

 

Fébrilité, d’abord, avant les heures de gloire,

Pas forcément obligatoires

Qui n’arrivent qu’aux plus grands,

A ceux  qui sans trop savoir comment…,

Dans l’Univers du Beau,

Conduisent au Firmament.

 

Au cœur des Arts,

Il y a chacun, Il y a les autres,

Il y a le lien entre nous et les Autres,

S’exprimant juste dans la vibration,

Au delà du langage, juste dans l’émotion.

 

Vecteur complice de sensibilité,

Le cœur des Arts est l’Universalité,

Unissant dans le Beau, le bien être, le Parfait,

 Les personnes les plus opposées,

Dans toutes leurs différences, leurs personnalités,

Dans leurs appartenances et les diversités.

 

Au cœur des Arts , il y a moi,

En ce moment précis

Où  devant l’ œuvre, recueilli,

Je reçois le message,

Venu dans le partage

Me parler de Toi :

Toi l’Artiste, qui,

Au travers de ta toile, de ton œuvre

Quelle qu’elle soit

A créé le Chef d’œuvre,

Qui n’attendait que Toi.

Que Toi pour faire passer

Dans le recueillement

Ce que d’autres s’épuisent  à tenter vainement.

 

Au cœur des Arts,

Je cherche ma voie,

Pour faire passer des émotions,

Partager les sensations

Exprimer les convictions !

Au cœur des Arts,

Nous cherchons l’Art,

Pour qu’il nous dise paisiblement

Qui nous sommes …,

Et…., ce que nous PARTAGEONS !                                                       

 

Alain Aquilina

 

un extrait de ce poème est publié dans Europe en Poésie 2014 sur http://momementsdecriture.e-monsite.com


 

 

Dansemuse

 

Il s'en faut d'une parole

Qu'elle ait l'âme comme avant

Elle court où les jours volent

Elle est née avec le vent

 

Ses lèvres chantent pour elle

Tous les oiseaux du couchant

Brûlent ensemble leurs ailes

A ce qui luit dans ses chants

 

Les heures suivent son ombre

Elle les voit dans les fleurs

ne devinant qu'à leur nombre

qu'elle était tout dans leur coeur

 

Elle est grise et se dit folle

et danse à fermer les yeux

Un coeur bat dans ses paroles

Nul ne sait où sont ses cieux

 

Comme un astre dans ses branches

Sa candeur étreint les soirs

Dont elle est la rose blanche

Il faut l'aimer pour la voir

 

Une larme la ramène

à la lumière des jours

Où l'homme instruit de ses peines

L'enfant qu'elle est pour toujours

 

Et dans le vent qui chemine

C'est la nuit blanche des pleurs

Dont la lumière orpheline

a vu le jour dans le coeur

 

Joë BOUSQUET   La connaissance du soir

 

 

 

Avec une encre hésitante

Il y a des mots qu'on emmène en voyage parmi les chemins pierreux,
Les sentiers envahis d'abeilles, de fruits rouges et d'empreintes animales.
Il y a les mots qui cachent des souffrances, des interdits, des noires paroles,
Des parlers amoureux déçus, des musiques inachevées et des lettres désespérées.
Les phrases alors témoignent de la fécondité des chagrins et des rires printaniers.


Avec les mots, je dégomme les servitudes austères et les relents de fausses nouvelles.
Je pèle les doutes parmi les ombres dansantes et les voiles incrédules.
Il y a des mots qui portent des saveurs sucrées et des douceurs éphémères,
Des lointains appels, des accents trop épicés et des heures trop amères.
Les phrases alors traduisent les états sémaphoriques au long cours.


Dans les grands vents de l'oubli, quelques mots soufflent la tiédeur de l'enfance,
Les paravents de l'adolescence, les premiers émois et les rigueurs du labeur.
Il y a des mots qui décrivent de profonds silences, des vitraux gorgés de soleil,
Des lieux environnés d'une nature abondante pleine de corbeilles de fruits
Et d'arbres qui suçotent sans fin la sève qui sculpte toute l'arborescence saisonnière.


Les phrases appellent au renouveau, au verdissement sentimental,
Aux feux de la Saint-Jean, aux soleils couchants, aux pleines lunes,
Au bon pain, au goût sucré des pommes sauvages et à l'acidité des agrumes.
L'enjambement des mots invite jusqu'au pavillon de verdure où le langage foisonne
Parmi les nappes damassées étalées dans l'attente d'un repas bucolique.

Christian Malaplate

 

 Poème extrait du recueil  "Les cercles immuables des prairies de l'âme"

Editions Les Poètes Français - Paris


 

 

 

 

 "Espoirs et déchirements de l'âme créole"

Il ne chercha pas d’alibi
au contraire
il scrutait le paysage où s’incruster
épouseur du lieu

que l’érosion l’érode
que l’alizé le gifle
le tout-morne
le tout-volcan
la cohérence du voyage n’en fut pas affectée
les voies de traverse n’étant que blessures d’éboulis

à tâtons il dessinait
la fragile chance tournée vers le soleil

momie de boue

 

Aimé CÉSAIRE

 

 

 

 

 


 

 

Tous ces mots…

 

J’aime le silence des mots,

je les ai dans ma tête et voudrais les choisir,

leur fraîcheur me ranime et leur souffle m’enivre.

 

J’aime la multitude des mots

lorsqu’ils se bousculent

pour emporter mon être en leur tourbillon blanc.

 

J’aime le mot juste

lorsqu’il transfigure

le doute en révélation.

 

J’aime le mot-poète

lorsqu’il ébauche de bien habiles esquisses,

car le mot qu’on le sache est un être vivant.

 

Ces mots-là sont écrits à toutes les pages,

écrits non par le ciel mais par l’homme inventés,

alors, amis poètes, vos mots ne seront jamais de trop !

 

Jean-Marie Leclercq


 

 

 Plus loin encore

 

A la grande entrée de la ville

quand le soleil est bas.

La circulation se traîne, épaissit.

Tel un dragon paresseux, étincelant.

Je suis un des écailles du dragon.

Soudain, le soleil incandescent

est au milieu du pare-brise

et me submerge.

Je suis translucide

et une écriture inscrit

en moi

des mots tracés à l'encre sympathique

qui surgissent

lorsqu'on tient le papier au-dessus de la flamme !

Je sais qu'il me faut partir très loin

traverser la ville et aller plus

loin encore, jusqu’à ce que vienne l'heure de sortir

et de marcher longuement dans la forêt.

De suivre les traces du blaireau.

L'obscurité se fait, difficile d'y voir.

Mais là, sur la mousse, il y a des pierres.

l'une est précieuse.

Elle peut tout convertir :

elle sait faire briller l'obscurité.

C'est un commutateur pour le pays entier.

Tout y est raccordé.

La regarder, l'effleurer...

 

 

Tomas Tranströmer
Prix Nobel de Littérature 2011

 


 

 

 

Allégorie du bonheur

 

Me lever alors que tout est  assoupi dans la langueur d’une aurore endormie,

Seule à éveiller ma conscience à la gourmandise de l’aube,

Seule à mordre dans la fraîcheur du jour précoce

Seule à emprunter des voies désertées dans les méandres d’une ville assoupie

 

M’acheminer en un rendez-vous si petit matin

Me hâter vers le bonheur qui naît si inattendu, si improvisé

M’émerveiller dans le sourire de ta présence

 

Me retrouver dans la vague de ta douceur

Dans la jeunesse de ta venue

Dans le rire de ton bonheur

 

Et le temps n’a plus d’importance

Et le temps rit à gorge déployée

 

La fenêtre de la vie ne veut plus se refermer, elle a laissé entrer des nuées de papillons qui batifolent, qui folâtrent sur le ruban des jours

 

Elle court entraînant derrière elle un long voile sur lequel s’accrochent des étoiles

C’est Saturne, c’est Vénus, et ses anneaux et ses nymphes, et Botticelli qui fête les saisons

 

Les pollens s’essaiment des poches d’un tablier dans le mouvement irraisonné de cette échappée

Des elfes tentent de les rattraper mais les pollens sont mutins et dispersent leur vitalité en toute liberté

 

Le peintre dépose des touches de couleur de terre sur le ciel, de mer sur la colline, de coquelicots dans les arbres,

les traits se fonts courbes et les vagues virgules

 

C’est Berthe Morisot et ses teintes lactescentes,

C’est Frédéric Bazille et ses jardins tranquilles,

C’est Auguste Renoir et ses visages sourire et les iris qui brillent et les blonds vénitiens

C’est Claude Monet un nymphéa posé qui dérive sous la brise, un pont japonais deviné sous la ramure,

C’est Mary Cassatt et ses aquatintes d’estampe,  la confidence à portée de main, des femmes se parlent sous la protection feutrée de l’abat-jour,

l’enfant se réfugie contre la rondeur maternelle et s’agrippe dans l’étreinte.

 

C’est l’impression posée dans le matin de juillet et le goût du bonheur qui a la transparence des minutes données et la joie

qui colore les pinceaux de la vie avec un feu d’artifice de teintes mêlées.

 

Marie-Agnès Salehzada  19 07 2007  

 

un extrait de ce poème est publié dans Europe en Poésie 2014 sur http://momementsdecriture.e-monsite.com

 


 

 

 

Voyages sans fin

 

Tous ceux qui vus de dos, s'éloignent en chantant
Qu'on avait vu passer le long de la rivière
Où même les roseaux redisaient leurs prières
Que reprenaient plus fort et plus loin les oiseaux
Ils viennent les premiers et ne s'en iront pas
Le chemin qu'ils ont fait se comptait pas à pas
Et disparaissait à mesure
Ils marchaient sur la pierre dure
Au bord des champs ils se sont arrêtés
Au bord de l'eau ils se désaltèrent
Leurs pieds soulevaient la poussière
et c'était un manteau brodé par la lumière
Tous ceux qui s'en allaient
marchant dans ce désert
Et pour qui maintenant le ciel s'était ouvert
Cherchaient encore le bout où finirait le monde
Le vent qui les poussaient continuait sa ronde
Et la porte se refermait
Une porte noire
La nuit

 

 

Paul Reverdy 


 

 

 

 

Et bien d’autres encore…

 

 

Sourire

Yves Philippe de Francqueville

42-43

Decisión (espagnol)

Nieves Álvarez Martín

44

Décision (Français)

Nieves Álvarez Martín

45

L’art… malgré moi

Sylvain Taupe

 

46

Pourquoi

 

Nine

47

Mes chants

Rabindranath Tagore

48

Ton doux visage

Yves Philippe de Francqueville

 

49-50

Ode à Mona

Soual  Marie Hélène

51

Berceuse à flanc de coteau

Gert Vlok Nel

52

 

 

 


Sourire

Voyage en Picardie.




L'attendant plein d'espoir, je le vis revenir
Légèrement guidé d’une baguette blanche ;
Et ce sourire et cette voix : le souvenir,
Souffle sur mon automne un bel air de revanche.

Comment ne pas songer à ces amours perdues :
S'enlacer, s’enivrer, le serrer dans mes bras ?
Pourquoi ces peurs aussi, lumières défendues…
De nous trouver soudain couvert des mêmes draps ?


Côte à côte, échangeant nos désirs, nos idées,
Nous avançons joyeux, nous tenant par la main.
Au cœur du paysage embrumé des ondées,
Ce pas de non-voyant me semble plus humain.

C'est si doux de s'aimer pour être ainsi tous deux :
À fredonner ensemble, enivrés d’un parfum.

Moi j'ose lui conter la nature des yeux,
Lui me laisse rêver des bruits, des arômes,
Que je ne peux pas voir et qu'il saisit bien mieux.
Nous vivons de nouveau nos grands plaisirs de mômes.

 

 

Yves Philippe de Francqueville

 

 


Decisión

 

Los viernes tienen hambre de noticias,

el teléfono calla

y la silueta del aburrimiento

asoma por la puerta.

Los días de diario las agendas

no me dejan pensar,

las reuniones hablan por mi boca

y los contactos son interminables.

 

Llega el fin de semana y me quedo sin ti

encerrada en mi misma,

embutida en un nuevo pijama

preguntándome

si merece la pena practicar parapente,

volar por la escalera

o jugarme y un poema a la ruleta rusa.

 

Hoy decido que sí, que ha llegado el momento:

me pongo ese vestido que me gusta,

zapatos de tacón y ternura en los ojos,

enciendo las ventanas de la noche

y dejo que la vida nos rescate a los dos.

 

 

 

 

Autora: Nieves Álvarez Martín

Au cœur des arts 2014

 

 

Décision

Le vendredi a soif de nouvelles,

le téléphone se tait

la silhouette de l'ennui

se montre à la porte.

Les jours, les agendas

ne me laissent pas le temps de penser,

les réunions parlent par ma bouche

et les discussions sont interminables.  

 

Arrive le week-end et je reste sans toi

enfermée sur moi-même,

dans un nouveau pyjama

en me demandant

si cela en vaut la peine de faire du parapente,

de voler dans l'escalier

ou jouer  un poème à la roulette russe.   

 

aujourd'hui je décide  que c’est le moment

je me mets cette robe qui me plait,

chaussures à talons et ombres à paupières,

j'allume les fenêtres de la nuit

et laisse la vie s’ouvrir à  nous.

 

 

 

Autora: Nieves Álvarez Martín

Au cœur des arts 2014

 

 

 


L’art… malgré moi

 

Cerné de toutes parts

Traqué par ses regards,

Ses mots, ses airs,

Vous suivent,

Vous invectivent,

Vous invitent,

Vous cultivent,

Se glissent,

S’invitent par tous vos pores,

 

Airs, ritournelles,

Complaintes, mélopées,

Lancinantes, enivrantes,

Vous transportent,

Vous agacent !

Les tympans ivres,

Les sens chavirent,

Mon âme dérive.

 

Valse des objectifs

Étonnantes caricatures,

Prises sur le vif,

Papier, toiles, murs,

Pages d’écritures,

Tous me murmurent

Impriment ma rétine,

De gré, de force,

Ou à l’improviste,

À propos, inopportun,

Choquant, cinglant,

Rageant,

Tu es partout,

Tu me fais mal

Tu me rends fou !

Mais non, pas maintenant !

 

Tes mots, tes airs,

Me suivent,

M’invectivent,

M’invitent,

M’incitent

Me cultivent,

Se glissent,

Et en ton sein : je me meurs !

 

Sylvain Taupe

Au cœur des arts 2014


 

 

 

 

Pourquoi

 

Au jeu de l’oie les dés ont roulés

Un jeu sans toi et cet air ancien

Qui me reviens qui te retiens dans ma mémoire

Pourquoi une   vie sans rencontre

Sur le bord d’un chemin

Une vie sans l’ombre d’un autre comme une chance

Qu’on oublie de saisir

Pourquoi l’un sans l’autre

Dans un soir incertain

Ou les cœurs se déchirent et pleurent les violons

Pourquoi des jours sans espoir

Ou pas une étoile ne luit dans le noir de la nuit

 Ou l’écho de tes pas ne résonne plus

Au hasard de la vie ton regard s’est perdu

Pourquoi

 

Nine

 


 Mes chants


Ce sont les mousses flottantes :
Elles ne sont pas fixées
Sur leur lieu de naissance ;
Elles n'ont point de racines -- seulement des feuilles -- seulement des fleurs.
Elles boivent la lumière joyeuse
Et dansent, dansent sur les vagues.
Elles ne connaissent pas de port,
N'ont point de moisson,
Hôtes inconnues étranges ! incertaines en tous leurs mouvements.
Et quand soudain les pluies tumultueuses de Crâvana
Descendent en nuages sans fin,
Noyant les rivages de leur flottant déluge,
Mes mousses-chansons
Soudainement sans repos, inspirées d'une vie sauvage,
Recouvrent tous les chemins de l'inondation,
Plongent dans la poursuite qui n'a plus de chemins,
Flottent de terre en terre,
De régions en régions,
Mes chansons !

Rabindranath Tagore  Prix Nobel de Littérature 1913 1913
Cygne - (Librairie Stock. Poésie du Temps. 1923) - pp 5, 128

 

"Rabindranâth Tagore est pour nous le symbole vivant de l'Esprit, de la Lumière et de l'Harmonie -- le chant de l'Eternité s'élevant au-dessus de la mer des passions déchaînées »


 

 

Ton doux visage



Le cœur tendu
Pendant lʼorage
Où sʼest perdu
Ton doux visage,

Pour un sourire
Un peu dʼespoir
Jʼaime à te lire
Ou te revoir.

Seule dans lʼennui, je me laisse sans vie.
Au croisé dʼun chemin le regard dʼun enfant,
 Cœur ouvert, un sourire, et je serais ravie...

 

 

Yves Philippe de Francqueville

 

 

 

 


Ode à Mona

 

Te voir ma Joconde et mourir.

C’était le rêve de mon enfance,

Un songe, qui dans mon souvenir,

M’enivre encore de sa romance.

 

Tu m’as nourri de ton image

Que je cachais sous l’oreiller

Et je peux peindre ton visage

Dont je connais tous les secrets.

 

Séduit par tes charmants attraits

Je m’imprègne de tout ton éclat.

Je te contemple, émerveillé.

Tu es ma grâce Mona Lisa.

 

Je suis le chantre de ton sourire

Le troubadour de ta beauté

L’enlumineur de tes désirs

Et le poète de tes pensées.

 

Je me reflète dans tes yeux

Et ton énigmatique regard

Pourchasse mon cœur d’amoureux

Le transperçant tel un poignard.

 

Je t’aperçois enfin Madone

Dans le plus grand temple des arts.

Ecoute l’ode que je fredonne

Pour toi ma belle, reine des stars.

 

Mais mon âme te découvre et pleure.

Recluse dans ton cadre de verre,

Face à tant de badauds crieurs

Ton beau regard se désespère.

 

Je t’ai vu Mona et je meurs.

 

Soual  Marie Hélène

 

 

 


Berceuse à flanc de coteau

Je vis ici dans la ville, où les trains sifflent
& les gareurs déplacent les trains sur les voies
jour & nuit
& pour moi ça va très très bien
tu te souviens, tu devais venir vivre avec moi…
notre histoire, qu’est-elle devenue à partir de là ?
des trains qui vont et viennent, qui restent
des trains qui tournent en rond

rêve de moi & laisse-moi libre cette nuit

tôt ce matin il y a eu un énorme bruit
là en bas du pont de chemin de fer
mais tout allait vraiment très très bien
c’est juste que tu me manques tellement
& en attendant tout me terrifie
tous les mots sont vides au creux de ma main
parce que mon cœur dort avec toi
là où vont et viennent les trains

rêve de moi & laisse-moi libre cette nuit

Gert Vlok Nel

 

Traduit de l’afrikaans par Denis Hirson et Katia Wallisky

In Pas de blessure, pas d’histoire, poèmes d’Afrique du Sud 1996-2013, édition dirigée par Denis Hirson © Biennale internationale des poètes en Val-de-Marne, Maison de la poésie Rhône-Alpes, Le Temps des Cerises

 

 

 

 

 

Pensées poétiques

 

                                de Maguy Grech

 

                                               aux amoureux de la poésie

 

 

 

http://momentsdecriture.e-monsite.com

 

mars 2014

 
   

 

 

 

 

 

 

 

 

 


 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Pensées poétiques

 

                                de Maguy Grech

 

                                               aux amoureux de la poésie

 

 

 

http://momentsdecriture.e-monsite.com

 

mars 2014

 

Date de dernière mise à jour : 07/04/2014

Créer un site gratuit avec e-monsite - Signaler un contenu illicite sur ce site

×